Concert Sainte-Cécile

C’est peut-être sur l’oubli de quelques mots qu’est fondé le culte de Sainte Cécile, patronne des musiciens. En effet, un épisode de la légende de cette noble romaine, vraisemblablement martyrisée au début du IVe siècle, précise que le jour de son mariage, « Cécile chantait dans son cœur à son seul Seigneur », les instrumentistes jouant de leur côté. Lorsque la liturgie propre à la sainte s’élabora, une antienne de l’office omit les mots « dans son cœur » et « seul », réduisant le texte à la phrase « Cécile chantait au son des instruments ».

Toujours est-il que, dès la fin du XIVe siècle, les premières évocations de Sainte Cécile comme patronne de l’art musical apparaissent, qui génèrent dans le même temps une iconographie toujours plus riche, surtout en Italie et en Allemagne (tableaux de Raphaël, du Dominiquin, de Zampieri et de Poussin qui travailla et mourut à Rome). Et avec le triomphe du style baroque, les compositeurs vont faire leur miel du thème, qui s’institutionnalisera en quelque sorte, deux siècles plus tard, avec la création par Pie IX de l’Académie Sainte-Cécile en 1847).


Henry Purcell (1659-1695) « Hail! Bright Cecilia »

 Ouvrant l’hommage, l’Anglais Henry Purcell a laissé deux odes à Sainte Cécile, toutes deux commandes de la Musical Society de Londres (laquelle, chaque année, organisait un concert le jour de la Sainte, soit le 22 novembre) : l’ode « Welcome to all the pleasure » de 1683 et la grande ode « Hail! Bright Cecilia » écrite en 1692. Malgré les beautés de la première œuvre, le chef-d’œuvre tient ici dans « Hail! Bright Cecilia », composée sur un livret de Nicholas Brady et considérée comme un sommet dans la production vocale de l’Orphée britannique.

 Ouvrant l’hommage, l’Anglais Henry Purcell a laissé deux odes à Sainte Cécile, toutes deux commandes de la Musical Society de Londres (laquelle, chaque année, organisait un concert le jour de la Sainte, soit le 22 novembre) : l’ode « Welcome to all the pleasure » de 1683 et la grande ode « Hail! Bright Cecilia » écrite en 1692. Malgré les beautés de la première œuvre, le chef-d’œuvre tient ici dans « Hail! Bright Cecilia », composée sur un livret de Nicholas Brady et considérée comme un sommet dans la production vocale de l’Orphée britannique.

Et d’abord, un riche orchestre y est agissant. Les raisons de cette opulence sont à chercher, d’une part, dans une volonté festive accordée, bien sûr, au sujet ; et d’autre part, dans un souci de renouer avec la vocation de l’ancien madrigal, cette

« peinture du mot » (ainsi les traits descriptifs qui font mouche lorsqu’il est question du « violon aérien » ou du « fifre et de toute la fanfare guerrière »).

Après une brillante ouverture, découpée en six sections, où les trompettes sont à la fête, c’est un chœur initial d’acclamations à la Sainte (« Salut ! Radieuse Cécile »), rythmé sur une métrique assez singulière (chaque note étant jouée sur un contretemps après un temps de repos), puis travaillé en une fugue serrée. Le grand choeur « Âme du monde » vient ensuite, culminant en une fugue magistrale qui a fait comparer Purcell à Haendel, avant la séquence « Tu as ordonné ce monde », qui surprend par l’irrégularité de ses phrasés (de quatre à six mesures). Et le choeur « Hail! Bright Cecilia » conclut l’ode en apothéose, dans la gloire des cuivres et timbales, nouvel exemple de la maîtrise d’écriture de l’auteur, avec, en seconde partie, un fugato superbement travaillé à partir d’un sujet qui fait penser au choral luthérien « Lass uns erfreuen ».


Georg Friedrich Haendel (1685-1759) Ode for Saint Cecilia’s Day

L’Ode for Saint Cecilia’s Day, sur un poème de Dryden, propose une peinture subtile et inventive de l’art des sons. Cette oeuvre fut créée le 22 novembre 1739 au théâtre de Lincoln’s Inn Fields, lors d’un concert organisé le jour de la fête de la sainte patronne des musiciens et comprenant également l’Alexander’s Feast. Si le chœur est présent dans cette œuvre et lui confère des moments grandioses, il laisse cependant le plus souvent la place à deux solistes accompagnés par un orchestre riche de sonorités contrastées.  

Car plus que les figures de musiciens légendaires, Jubal, Orphée ou Sainte Cécile, c’est la musique elle-même qui est à l’honneur, sous la forme de l’harmonie divine ordonnant le chaos et réglant le cours des astres, ou sous l’aspect de timbres instrumentaux évoquant et éveillant les passions humaines.

La musique est à l’origine du monde, nous rappelle l’étonnant récitatif initial de ténor, peignant de façon suggestive l’instabilité du chaos soudain ordonné par la voix divine. Elle le structure et le reflète à la fois, assure le choeur qui suit, jouant sur les gammes ascendantes et descendantes qui fondent le système musical. La musique sera encore présente à la fin des temps, affirme le choeur conclusif, évoquant l’harmonie des sphères et les trompettes du Jugement dernier.

La musique est aussi le miroir des passions humaines, et chaque instrument est associé à des émotions, précise Dryden, fidèlement suivi par Haendel dans une série d’airs solistes.


Joseph Haydn (1732-1809)

Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae dite Cäcilienmesse

La Missa Cellensis en ut majeur, dite « de sainte Cécile », a été écrite – ou du moins commencée – en 1766, pour être vraisemblablement jouée à Vienne, et non pas au sanctuaire de Mariazell auquel son nom semblait la destiner (« Cellensis » signifiant« de Mariazell »). En tout cas, du vivant même de Haydn, l’œuvre fut associée au culte de sainte Cécile et connue de la cour des Habsbourg, comme en témoigne le journal musical de l’impératrice Marie-Thérèse, l’épouse de François II, qui l’entendit encore en 1802. Il s’agit d’une messe-cantate et donc d’une messe solennelle à l’Italienne.


Benjamin Britten (1913-1976) Hymn to St Cecilia

Il s’agit d’une pièce chorale de W.H. Auden écrit entre 1940 et 1942. Le titre original d'Auden était "Trois chansons pour le jour de Ste Cecilia", et il a ensuite publié le poème en tant que " Hymne pour la fête de Sainte Cécile (pour Benjamin Britten) ".

Britten a longtemps voulu écrire une pièce dédiée à Sainte Cécile pour plusieurs raisons : il est né le jour de Sainte Cécile, comme énoncé plus haut Sainte Cécile est la patronne des musiciens, et enfin il existe une longue tradition en Angleterre d’écrire des odes et des chansons à Sainte Cécile (voir les odes de Purcell et Haendel ci-dessus en particulier)

Britten rencontra Auden pour la première fois cette en 1935 et travailla ensuite avec lui sur plusieurs œuvres de grande envergure. Il lui demanda de lui fournir un texte pour son ode à Sainte Cécile.

Auden obéit et envoya le poème par sections tout au long de 1940, avec des conseils sur la manière dont Britten pourrait devenir un meilleur artiste. Le texte lui-même suit la tradition des odes, y compris une invocation à la muse : "Bienheureuse Cécile / Apparaître dans des visions pour tous les musiciens / Apparaître et inspirer". Britten s'en sert comme référence tout au long de la pièce, alors qu'il s'agit de la dernière partie de la première section d'Auden.

La pièce est divisée en trois sections, plus trois itérations du refrain, avec de légères variations, suivant chaque section. La première section est très similaire au refrain et avec la même mélodie. La deuxième section est un scherzo une forme de fugue modifiée. La troisième section est plus lyrique, avec des solos dans chaque voix décrivant un instrument différent, traditionnel en odes à Sainte Cécile. Chaque section présentes des développements techniques et harmoniques inhabituels qui lui sont propres et cette œuvre ingénieuse regorge de défis techniques pour les choristes.